L'Énigme

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Appréciation de l'art
L'Énigme est une huile sur toile peinte par Gustave Doré en 1871, au lendemain de la guerre franco-prussienne et de la Commune de Paris ; mesurant environ 130 × 196 cm, elle est au Musée d'Orsay à Paris (RF 1982 68).
Doré, né à Strasbourg, ressentit vivement la perte de l'Alsace au profit de l'Allemagne, bien que, comme beaucoup d'artistes, il eût passé la guerre à Londres. La défaite, le siège et l'occupation prussiens et les destructions de la Commune laissèrent Paris affamée et meurtrie, et de nombreux peintres répondirent par des images commémoratives ou allégoriques. Doré choisit l'allégorie. La toile est peinte dans une gamme presque monochrome de gris et de couleurs froides et sourdes. Dans la moitié inférieure gisent les corps de soldats et de civils, parmi lesquels une mère serrant son enfant mort, avec un canon abandonné et des armes inutiles ; au loin une ville brûle et sa fumée emplit le ciel.
Au sommet de la colline, une figure ailée couronnée de laurier s'agenouille devant un sphinx, et chacun pose une main sur la tête de l'autre en se regardant dans les yeux. Les interprétations divergent. La figure ailée a été lue comme l'ange de l'Humanité ou de la Conscience, ou comme Paris ou la France, suppliant le sphinx de révéler l'énigme éternelle qui dresse les hommes les uns contre les autres. L'historien Dominique Lobstein note que le geste doux et symétrique et la coiffe de style égyptien du sphinx en font moins l'interrogatrice cruelle rencontrée par Œdipe qu'une figure consolatrice, qui pourrait répondre à la question de ce qu'apportera demain.
Doré regroupa le tableau avec deux autres toiles en grisaille, L'Aigle noir de Prusse et La Défense de Paris, sous le titre Souvenirs de 1870. À la vente posthume de ses œuvres en 1884, il était accompagné de deux vers, probablement choisis par Doré lui-même, tirés du poème 'À l'Arc de triomphe' (1837) de Victor Hugo, qui déplore que tout ce que les peuples créent doive mourir. Lobstein relie sa vision apocalyptique aux illustrations de Doré pour l'Enfer de Dante de 1861. Le Louvre acquit le tableau en 1982, et il fut affecté au Musée d'Orsay la même année.