La Ronde des prisonniers

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1890
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Appréciation de l'art
La Ronde des prisonniers, aussi appelée Le Tour des prisonniers (d'après Gustave Doré), est une peinture à l'huile sur toile de Vincent van Gogh, réalisée en février 1890 à l'asile Saint-Paul de Saint-Rémy ; elle est conservée au musée Pouchkine des Beaux-Arts de Moscou.
Van Gogh fut pensionnaire de l'asile de mai 1889 à mai 1890. Souvent incapable de travailler dehors, il fit des copies peintes d'après des estampes de Millet, Rembrandt, Delacroix et Daumier. Pour ce tableau, il utilisa la gravure de 1872 de Gustave Doré représentant la cour de promenade de la prison de Newgate, faite pour le livre Londres : un pèlerinage, en travaillant d'après une reproduction gravée sur bois d'Héliodore Pisan publiée dans la revue hollandaise De Katholieke Illustratie. Doré montrait les prisonniers défilant en cercle afin que les détectives mémorisent leurs visages. Van Gogh dit à Theo que cette copie, ainsi qu'une autre d'après les Buveurs de Daumier, lui paraissait difficile à réaliser.
Il modifia considérablement le modèle. Le mur du fond est beaucoup plus étroit, de sorte que la cour semble se refermer sur le cercle d'hommes, et le pavage et la brique précisément dessinés de Doré deviennent des touches agitées courant dans de nombreuses directions. Des bleus et verts froids remplissent les profondeurs de la cour, tandis que des touches plus chaudes frappent les murs hauts, où voltigent deux petits papillons blancs. Un prisonnier au premier rang, tête nue et plus individualisé que les autres, se tourne vers le spectateur, et ses traits ont été lus comme ceux de Van Gogh lui-même. Le musée Pouchkine l'appelle son tableau le plus tragique, image de son état dépressif et de la perte de liberté.
La toile mesure 80 × 64 cm. Après le suicide de Van Gogh en juillet 1890, elle figura parmi les œuvres placées autour de son cercueil, et Émile Bernard la décrivit comme un tableau d'une effrayante férocité qui était aussi symbolique de sa fin. Elle passa à la veuve de Theo, Johanna van Gogh-Bonger, puis à travers plusieurs collections privées, dont celle d'Alexandre Berthier, prince de Wagram, avant d'entrer dans la collection d'Ivan Morozov à Moscou. Nationalisée après la révolution, elle fut accrochée au Musée d'État d'art occidental moderne jusqu'en 1948, date à laquelle elle fut transférée au musée Pouchkine.