La Pie sur le gibet

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1568
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Appréciation de l'art
La Pie sur le gibet est une petite huile sur panneau de Pieter Bruegel l'Ancien, généralement datée de 1568, conservée au Hessisches Landesmuseum de Darmstadt.
La date, lue comme 1568, en ferait l'une des dernières œuvres de Bruegel avant sa mort en 1569, peut-être la toute dernière. Selon son biographe Karel van Mander, Bruegel laissa le tableau à sa femme en disant que les pies représentaient les commères qu'il souhaitait voir pendues, et lui fit brûler plusieurs dessins trop satiriques pour protéger la famille. Le petit format et le paysage abrupt en plongée ont néanmoins conduit certains spécialistes à envisager une date plus ancienne, dans les années 1550. On ignore pourquoi et pour qui il fut peint.
Le spectateur regarde en contre-plongée une clairière surélevée. Des paysans dansent au son d'un joueur de cornemuse près d'un gibet sur lequel est perchée une pie, presque exactement au centre du tableau ; une seconde pie est posée à son pied, près d'un crâne d'animal. Le gibet est dessiné comme un objet impossible : ses poteaux semblent se dresser côte à côte tandis que la traverse s'enfonce dans la profondeur. Les personnages n'apparaissent qu'à gauche, où un homme se soulage dans l'ombre, allusion au proverbe flamand selon lequel on défèque sur le gibet, c'est-à-dire qu'on se moque de la mort et de l'autorité. À droite se dressent une croix et un moulin à eau, et la vue s'ouvre sur une rivière sinueuse, une ville, un château et des collines lointaines ; le brun du premier plan cède au vert puis au bleu pour créer la profondeur.
Le tableau fut peint peu après l'arrivée du duc d'Albe aux Pays-Bas en 1567, envoyé par Philippe II pour écraser les troubles religieux et politiques, et le gibet a été lu comme la peine de mort qui menaçait alors les prédicateurs protestants. Il joue aussi sur les proverbes qui parlent de danser sous le gibet et sur la croyance que la médisance mène à la potence. Il mesure environ 46 × 51 cm.