Lady Godiva

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Appréciation de l'art
Lady Godiva est une monumentale huile sur toile du peintre académique français Jules Joseph Lefebvre, montrée au Salon de Paris de 1890 et conservée depuis 1891 au Musée de Picardie à Amiens.
La légende concerne Godiva, une noble anglo-saxonne du XIe siècle mariée à Leofric, comte de Mercie, qui accablait le peuple de Coventry de lourds impôts. Quand elle le supplia de les lever, il accepta à condition qu'elle traverse la ville nue à cheval. L'histoire fut consignée environ un siècle plus tard par Roger de Wendover, moine de St Albans, et les versions postérieures ajoutent que les habitants restèrent chez eux par respect, et qu'un homme nommé Tom qui osa regarder fut frappé de cécité — origine de l'expression Peeping Tom. Tennyson ranima le récit en 1842 et il inspira de nombreux artistes britanniques, mais il était peu connu en France, où il ne fut traduit qu'en 1888.
Vue en contre-plongée, une rue médiévale déserte de maisons à colombages monte vers un château entrevu en haut de la toile. Godiva, couverte seulement de ses longs cheveux blonds, monte en amazone un cheval blanc, les bras croisés sur la poitrine et les yeux clos, guidée par une vieille servante méfiante en long manteau noir, tandis que des colombes blanches voletent autour d'elles. Un étal de boulanger au premier plan rappelle la version de l'histoire où un boulanger enfreignit l'ordre. Le modèle était probablement Sarah Brown, qui posa pour d'autres œuvres de Lefebvre, et une quarantaine de dessins préparatoires subsistent.
Le tableau, de 620 sur 390 cm, connut un grand succès au Salon de 1890. Coventry offrit une forte somme pour l'acquérir, mais Lefebvre, fils d'un boulanger installé à Amiens, le vendit à cette ville pour environ un quart du prix, en remerciement de la bourse municipale qui avait payé ses études. Après des décennies en réserve, il fut restauré en public en 2013 et regagna le Grand Salon du musée.